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Encadré 1: Dimensions du droit de l'homme à l'eau
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Le contenu du droit à l'eau peut être défini de manière générale comme le droit d'accès à une eau suffisamment propre et en quantités suffisantes pour satisfaire les besoins individuels. Au minimum, la quantité doit suffire pour satisfaire les besoins humains en termes de boisson, d'hygiène, de nettoyage, de cuisine et d'assainissement. Ces besoins correspondent à ceux définis dans le droit au logement adéquat3. La qualité minimale d'eau dans les foyers dépend de son utilisation spécifique; l'eau de boisson doit être propre à la consommation, tandis que des normes inférieures peuvent être fixées pour l'eau destinée à l'assainissement4.
Le droit à l'eau dans le cadre du droit à l'alimentation est plus complexe. Tandis que l'eau pour la boisson et la cuisson serait protégée, l'eau pour la production alimentaire ne serait probablement pas incluse dans les besoins minimums pour les zones arides, étant donné que la production agricole nécessite de telles quantités d'eau que les besoins des foyers individuels doivent être assurés au préalable. Il en va de même pour l'eau destinée à la production industrielle: bien que l'industrie et lélectricité soient importantes pour garantir un niveau de vie convenable, ces utilisations ne doivent pas empiéter sur le droit à l'eau pour les foyers. Pour les utilisations agricoles et industrielles, la contamination de l'eau de boisson doit être évitée.
Un autre aspect des droits relatifs à l'eau est l'abordabilité et l'accessibilité. Si un membre du foyer - le plus souvent, la mère et les filles- doivent marcher pendant des heures pour aller chercher de l'eau quotidiennement, ou si les frais sont tellement prohibitifs qu'un foyer pauvre doit sacrifier d'autres droits essentiels, tels que léducation, les services de santé, ou utiliser sinon de l'eau contaminée, alors les individus de ce foyer ne jouissent pas de leur droit à une eau suffisante.
En prenant en considération les obligations de l'Etat, il est important de garder présent à l'esprit que les êtres humains sont responsables d'eux-mêmes et de leur propre bien-être. Les droits de l'homme ne sous-entendent pas automatiquement une forte intervention de la part du gouvernement ou n'impliquent pas que les particuliers peuvent exiger sans réserve des biens et des services de l'Etat. Toutefois, la législation actuelle sur les droits de l'homme est un système d'obligations étatiques: en fin de compte, chaque Etat souverain est responsable du niveau d'exercice des droits de l'homme dans le pays envers les personnes qui sont sous sa juridiction, ainsi qu'envers les autres Etats et organismes internationaux. Il en va de la responsabilité de l'Etat de contrôler le comportement de tous les acteurs au sein de sa juridiction, de veiller à ce que ces derniers respectent les droits de l'homme, et d'intervenir en cas d'abus. Tous les droits de l'homme impliquent des obligations de la part de l'Etat, lesquelles peuvent être analysées à différents niveaux.
L'obligation de respect fixe une limite admissible aux actions entreprises par l'Etat lui-même. Un exemple concret peut être trouvé dans la législation humanitaire internationale, qui interdit les attaques sur les éléments essentiels à la survie de la population, notamment les installations et approvisionnements en eau de boisson et les systèmes d'irrigation. Si ces dispositions ne s'appliquent directement qu'aux situations de conflit armé, il semble évident que l'action interdite de la part d'un Etat ennemi en temps de guerre est également interdite par l'Etat envers ses citoyens en temps de conflit et de paix, en référence à la législation des droits de l'homme, plutôt quà la législation humanitaire. Les projets de développement fournissent un autre exemple où les Etats peuvent ne pas respecter le droit à l'eau, si ces projets peuvent priver la population de ses ressources en eau ou rendre l'eau imbuvable du fait de la pollution. Il ne serait normalement pas conforme à la législation des droits de l'homme de priver les populations de l'accès à l'eau dont elles ont bénéficié sans compensation ou sans trouver des alternatives.
L'obligation de protection fait référence au devoir de l'Etat de contrôler le comportement des acteurs, particuliers, groupes et entreprises non-étatiques. Cette obligation implique principalement la promulgation de la législation et la garantie du fonctionnement effectif du système judiciaire, par exemple dans la législation environnementale (Encadré 2). La protection des droits implique également, dans le cas des ressources hydriques internationales et des bassins transfrontaliers, une obligation d'utilisation équitable par les pays riverains grâce à des mécanismes de coopération appropriés.6
Encadré 2: Protection du droit à l'eau dans la législation environnementaleLa législation environnementale doit garantir que l'eau n'est pas polluée par des activités économiques, telles que des usines de produits chimiques, et elle doit inclure des dispositions pour demander des réparations et imposer des pénalités en cas de violations. Les implications politiques et éthiques comprennent une gestion efficace et une allocation équitable des ressources hydriques. Des priorités doivent être établies pour équilibrer la sécurité alimentaire, l'amélioration de la santé, la protection de l'environnement et la croissance économique, en tenant compte de la disponibilité des ressources à longue échéance, et en gardant présent à l'esprit les intérêts des générations futures. Les questions transfrontalières doivent également être prises en compte. |
L'obligation de réalisation est une obligation d'une action plus positive pour faciliter et fournir un accès à une eau suffisante à ceux qui en sont privés. Des exemples des implications potentielles comprennent:
Ces activités ne doivent pas forcément être mises en uvre par l'Etat directement, mais ce dernier devrait veiller à ce que les mesures adéquates soient prises. Des contributions des usagers peuvent être un moyen pratique de réguler l'utilisation et d'encourager un esprit économe. Toutefois, un système d'approvisionnement en eau qui exclut certains groupes qui ne peuvent pas payer leurs contributions pourrait être en contradiction avec les droits de l'homme. Les contributions des usagers doivent donc être abordables pour les pauvres, et même être supprimées dans une certaine limite, afin de garantir que les besoins essentiels sont satisfaits.
Ces dernières années, il y a eu d'importants développements concernant une approche générale fondée sur les droits pour les nécessités humaines et le développement humain. Cette approche est basée sur les principes de la participation, de l'implication dans le processus de décision, de la non-discrimination, de la responsabilité, de la transparence et de la séparation de la justice et du pouvoir ainsi que de la justiciabilité, qui signifie l'accès au recours. Cela implique également que chaque individu compte, nécessitant un recueil de données d'ensemble plutôt que seulement des moyennes nationales.7
Le fait de considérer les besoins humains essentiels comme le droit de chaque être humain est en soi d'une grande importance, parallèlement à la reconnaissance que tous les êtres humains sont universels, interdépendants et étroitement liés. Ceci comprend deux aspects-clés:
Fournir des services tels que l'eau et garantir leur abordabilité n'est pas un acte charitable, mais l'obligation de l'Etat et le droit de chaque individu. Ceci donne des moyens aux demandeurs en fournissant un cadre légal à l'action. Le respect de la dignité humaine nécessite que ceux qui sont affectés par une action de l'Etat doivent être consultés; cela nécessite donc des approches participatives et une démocratie générale.
Aucun être humain ne peut être sacrifié pour réaliser un droit d'un autre être humain. Il est inacceptable de justifier une violation des droits de l'homme en prétendant en réaliser un autre.
Les droits de l'homme concernent principalement l'orientation, ce que l'Etat doit et ne doit pas faire, et les méthodes qui sont acceptables ou prescrites. Pour les droits socio-économiques, la séparation entre la justice et le pouvoir est essentielle. Une approche fondée sur les droits (plutôt qu'une approche charitable ou basée sur le développement ou encore une approche fondée sur le Produit national brut [PNB]) implique nécessairement que le gouvernement doit faire preuve de transparence et être responsable, qu'il n'y a aucune discrimination sur la base du genre, du sexe ou du statut social, que le Gouvernement prend des mesures en vue de la réalisation de la satisfaction complète des droits de l'homme de chacun dans le pays, qu'il y a des recours légaux disponibles et que les gens sont autorisés à s'organiser pour revendiquer leurs droits.
Cet aperçu suggère les conclusions suivantes:
1 Létat de déclin des ressources mondiales en eau douce pourra s'avérer être le problème dominant dans le programme d'action sur l'environnement et le développement dans le siècle à venir. Actuellement, environ 18% de la population mondiale n'a pas accès à des services d'approvisionnement en eau améliorés et environ 40% manquent d'assainissement adéquat (Global Water Supply and Sanitation Assessment 2000 Report).
2 The right of access of everyone to drinking water supply and sanitation services, Document de travail préparé par El Hadji Guissé, Rapporteur spécial, Sous-Commission pour la Prévention de la Discrimination et la Protection des Minorités, Cinquième Session, Conseil économique et social, E/CN.4/Sub.2/1998/7, 10 juin 1998, paragraphe 29.
3 Comité des droits économiques, sociaux et culturels: Commentaire général 4, le droit au logement adéquat, adopté le 13 décembre 1991, UN doc. E/1992/23.
4 Peter Gleick: The Human Right to Water, 1(5) Water Policy, 487-503 (1999)
5 Comité des droits économiques, sociaux et culturels: Commentaire général 12, le droit à l'alimentation adéquate. Document UN E/C.12/1999/5, 12 mai 1999.
6 Ce concept d'utilisation équitable a été codifié dans la Convention des Nations Unies de 1997 sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation (Article 5 - " Utilisation et participation équitables et raisonnables ), et il a été rappelé par la Cour internationale de Justice dans le jugement Gabcíkovo-Nagymaros en 1997.
7 Julia Häusermann: A Human Rights Approach to Development, Rights and Humanity, London, 1998, ISBN 1 874680 02 7.
Cet article n'est pas une publication officielle de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Il peut cependant être librement commenté, résumé, reproduit et traduit partiellement ou en totalité. Les opinions exprimées dans les documents par des auteurs cités nommément n'engagent que lesdits auteurs.
L'Organisation mondiale de la Santé remercie l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) pour sa coopération et sa contribution qui est basée sur sa vaste expérience dans ce domaine.
Préparé pour la Journée mondiale de l'eau. Rédigé par Margret Vidar et Mohamed Ali Mekouar, Bureau juridique, Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO). Révisé par le personnel et les experts de léquipe GCP (Globalization, Cross-Sectoral Policies and Human Rights) - Mondialisation, politiques intersectorielles et droits de l'homme (GCP), et le Service Eau, Assainissement et Santé (WSH), Organisation mondiale de la Santé (OMS).
WHO/WSH/WWD/TA.10
février 2001