World Water Day 2001: Water for Health

Table de matieres

L'eau pour la santé: prendre les choses en main
4. Les solutions qui s'imposent

Eau chloree - Sodis: desinfection de l'eau par le soleil - Modifications des comportements - Les communautes  s'organisent autour de l'eau - Organisation des communautes et pouvoirs des populations - Un effort international: la dracunculose

La Déclaration du Millénaire des Nations Unies vise à promouvoir le développement et à éliminer la pauvreté de manière rationnelle et dans le monde entier. Un objectif majeur est de réduire de moitié, d'ici l'an 2015, le nombre de personnes qui gagnent moins d'un dollar par jour, qui souffrent de faim et n'ont aucun accès à une eau potable saine, abordable.

Fournir un accès à une eau meilleure à plus d'un milliard de personnes ne peut pas se faire du jour au lendemain. Attendre la « grande solution » tout en ignorant les priorités intermédiaires des plus défavorisés n'a pas de sens. Il existe quantité de mesures intermédiaires de petite envergure et rentables qui peuvent avoir un résultat formidable. Les méthodes faciles et peu coûteuses pour l'amélioration de la santé existent bel et bien et peuvent être appliquées collectivement ou individuellement. L'eau peut être purifiée par la chloration et les techniques thermiques solaires. Les individus peuvent rester en bonne santé simplement en se lavant les mains à l'eau et au savon. Les politiques gouvernementales peuvent venir à l'appui des initiatives locales.

Eau chloree

La chloration est un moyen ayant fait ses preuves pour débarrasser l'eau des micro-organismes qui causent les maladies dans les systèmes d'adduction d'eau. Mais l'opinion prévalente veut qu'on s'occupe de l'eau chlorée après avoir mis en place des systèmes d'approvisionnement en eau et d'assainissement de base.

La recherche menée par les scientifiques aux Centers for Disease Control and Prevention à Atlanta, Géorgie (Etats-Unis d'Amérique) et à l'Organisation panaméricaine de la Santé a examiné la manière dont l'eau chlorée peut être fournie aux ménages pauvres par un traitement simple peu coûteux et une méthode de stockage sûre.

« Un des résultats des recherches que nous avons menées est que l'amélioration de la qualité de l'eau seule marche bel et bien et que nous pouvons le faire sans améliorer l'assainissement » affirme Mark Sobsey, Professeur de Microbiologie environnementale à l'Université de Caroline du Nord, Chapel Hill, USA. « Ce que nous savons actuellement est que, même dans des conditions d'assainissement et d'hygiène très mauvaises où les gens recueillent n'importe quelle eau disponible pour l'utiliser comme approvisionnement en eau domestique, si l'eau est chlorée, elle est améliorée sur le plan microbiologique et vous pouvez observer des diminutions significatives sur le plan statistique en ce qui concerne les maladies diarrhéiques. »

Les Maldives ont adopté un programme national de lutte utilisant la chloration des puits et les sels de rehydratation orale pour le traitement de la diarrhée, ainsi que l'utilisation de l'eau de pluie pour la boisson. Vingt ans plus tard, toutes les îles du pays sont autosuffisantes grâce à leurs propres réservoirs communautaires de collecte d'eau de pluie. Les décès dus à la diarrhée font maintenant partie du passé.

Sodis: desinfection de l'eau par le soleil

« SODIS est un système pratiquement gratuit parce que les rayons du soleil sont gratuits. Personne ne doit payer pour en profiter »

Martin Wegelin, Chercheur suisse

Une équipe de chercheurs à l'Institut fédéral suisse pour l'aménagement, l’épuration et la protection des eaux a effectué des recherches et fait la promotion d'une méthode simple de traitement de l'eau qui utilise le soleil, des bouteilles de boisson en plastic jetables et une surface noire.

Les bouteilles transparentes sont remplies d'eau et placées horizontalement sur une surface plane au soleil pendant environ cinq heures. Les micro-organismes responsables des maladies (pathogènes) dans l'eau polluée succombent à l'effet meurtrier des rayons ultraviolets de la radiation solaire. Le procédé est renforcé lorsque la désinfection solaire de l'eau est combinée avec un « traitement thermique solaire de l'eau » qui se sert du fait que la couleur noire absorbe la lumière. Ceci est réalisé en peignant la partie inférieure de la bouteille en noir ou en la plaçant sur des plaques de tôle ondulée ou de plastique peintes en noir.

Des études sur le terrain ont été réalisées en Bolivie, au Burkina Faso, en Chine, en Colombie, en Indonésie, en Thaïlande et au Togo. Les tests montrent que le procédé fonctionne. Des preuves anecdotiques ont été recueillies montrant que les gens ont moins de diarrhées.

Les partisans de la méthode disent que SODIS comporte des avantages pour les systèmes d'approvisionnement en eau conventionnels dans lesquels les gens collectent l'eau des sources publiques. Avec ce système, une pollution secondaire par les consommateurs peut survenir, ce qui peut être éliminé par la méthode de la désinfection solaire de l'eau qui a lieu en bouteille fermée.

Modifications des comportements

« Notre recherche montre que le lavage des mains avec du savon éviterait probablement la moitié des décès dus à des maladies diarrhéiques. » suggère Valerie Curtis, Maître de Conférence en Promotion de l'hygiène à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. « Tout ce que cela nécessite, c'est du savon et de la motivation ».

Mais c'est plus vite dit que fait. Curtis a participé à une importante étude menée sur trois ans en Inde, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Afrique de l'Ouest pour découvrir ce qui motive les bonnes pratiques d'hygiène. Les résultats sont intéressants et inattendus à bien des égards.

La recherche conclut que l'hygiène est une valeur commune dans le monde entier. Personne n'aime la saleté. Mais les pratiques hygiéniques des gens ont moins à voir avec la santé qu'avec des considérations sociales et esthétiques. Les mères veulent tenir leurs bébés propres parce qu'elles considèrent que c'est un geste d'attention et d'amour et qu'elles veulent rendre leurs bébés socialement acceptables. Une mère indienne explique: « Si mon enfant est sale, personne ne voudra le prendre dans ses bras, personne ne l'aimera. Et c'est la raison pour laquelle je tiens mon enfant propre. »

Il est nécessaire de repenser l'approche traditionnelle « moraliste et répressive » de l'hygiène, qui n'a pas fonctionné. Un certain nombre d’études montrent que les gens sont rebutés par les avertissements sinistres selon lesquels ils seront confrontés à la maladie et à la mort s'ils ne changent pas « leurs sales manières ». Par exemple, des populations au Brésil ont refusé de collaborer à un programme de prévention du choléra parce qu'elles ont ressenti qu'on les accusait d’être des « sales chiens ».

Il devient de plus en plus évident que les messages positifs rencontrent davantage le succès que ceux qui sont négatifs pour entraîner des modifications du comportement. Une étude sur trois ans réalisée à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) a utilisé des messages positifs pour modifier les habitudes ancrées de longue date. A la fin de la période, les personnes participant à l’étude avaient multiplié par trois leur utilisation de savon. Selon Curtis, une évaluation de l'intervention montre que l'argent dépensé pour le programme et pour acheter du savon supplémentaire était moindre que ce que les familles et les installations de santé avaient dépensé pour le traitement des maladies de la petite enfance. « Il y avait réellement des économies nettes en ce qui concerne le programme dans son ensemble ».

Les études montrent que les cas de diarrhée ont été réduits en moyenne de 35% par le simple fait de se laver les mains avec de l'eau et du savon. Parvenir à faire changer les habitudes des gens représente une tâche énorme pour les promoteurs de la santé.

Les communautes s'organisent autour de l'eau

L'eau collectée à l'intérieur et aux alentours de la maison peut présenter un risque sérieux pour les flambées de dengue, le virus transmis par les moustiques du genre Aedes. Ces moustiques, qui se reproduisent dans des lieux créés par l'homme, où l'eau s'accumule tels des pneus et des boîtes de conserve, peuvent être éliminés par la gestion de l'environnement et des nettoyages communautaires organisés. Dans certains lieux, des règlements et éventuellement des amendes peuvent être utilisés pour débarrasser l'environnement de ces gîtes larvaires, même si cela ne s'applique pas forcément aux communautés les plus pauvres.

Les communautés paysannes peuvent être encouragées à adopter des nouvelles pratiques de culture qui peuvent tenir compte de la gestion de l'eau. Ceci permettra de réduire la propagation des maladies à transmission vectorielle. Par l’éducation et l'information, les gouvernements locaux peuvent aider les communautés à mieux comprendre que leurs pratiques de gestion de l'eau ont un impact direct sur leur santé. Une fois que ce lien est établi, les fermiers sont plus enclins à changer leurs méthodes pour le meilleur.

D’énormes sommes d'argent sont investies dans les systèmes d'approvisionnement en eau dans le monde entier. Pourtant, nombre de ces systèmes - notamment dans les zones rurales - constituent un échec parce que les communautés locales ne sont pas impliquées dans leur planification, leur construction et leur gestion.

Il est amplement démontré que les communautés peuvent gérer leurs approvisionnements en eau efficacement si on leur fournit l'assistance technologique et financière dont ils ont besoin. Les organismes de financement sont souvent réticents à prendre les engagements à long terme qui sont nécessaires pour soutenir les systèmes d'eau communautaires. Et si les gouvernements nationaux et locaux ainsi que les ONG nationales sont incapables de prendre la relève, le système tombe en désuétude.

Organisation des communautes et pouvoirs des populations

Dire aux pauvres ce qu'ils doivent faire, en leur indiquant « ce qui est bon pour eux » ne marche pas. Les populations prises dans le cycle vicieux de la pauvreté et de la morbidité savent mieux que quiconque « ce qui est bon pour elles » et ce qui les motive à faire ce qu'elles font. Les projets hydriques auraient de meilleures chances de réussir avec un risque minimum pour la santé si les communautés avoisinantes étaient impliquées dans le processus de décision dès le début. Si les populations locales sont bien informées au sujet d'un projet hydrique, elles seront capables de mesurer les avantages du développement par rapport au coût entraîné par un risque accru de certaines maladies.

Il est plus probable que les femmes seront davantage motivées que les hommes pour faire ce qui est nécessaire afin d'obtenir un approvisionnement en eau plus approprié et fiable. Un projet à Kwale (Kenya) montre que la gestion communautaire des systèmes d'approvisionnement en eau fonctionne, notamment si les femmes sont impliquées. D'autres études en Asie du Sud ont également montré qu'il est essentiel d'impliquer des femmes dans la conception et la sélection des installations d'assainissement. Impliquer des femmes dans les programmes d'assainissement a entraîné une couverture plus élevée, un meilleur entretien de ces installations, et une sensibilisation accrue à l'hygiène, ainsi qu'une incidence réduite de maladies transmises par voie oro-fécale dans la communauté.

Un effort international: la dracunculose

L'Organisation mondiale de la Santé et ses agences partenaires sont bien avancées sur la voie de l’éradication de la dracunculose, une maladie invalidante, terriblement défigurante causée par un gros nématode (ver rond), qui se reproduit dans les sources d'eau peu profondes telles que les mares et les puits peu profonds. Les personnes qui boivent cette eau contaminée deviennent infectées. Alors que la maladie évolue, ces personnes s'affaiblissent progressivement et sont frappées d'incapacité. Ceci a un effet profond sur leur aptitude au travail, aux travaux agricoles et à aller à l’école. Il faut environ un an pour que le ver d'un mètre de long arrive à maturité et commence à libérer des œufs, un processus douloureux et déformant.

Lavage des mains

Lavage des mains avec du savon après être passé aux toilettesLavage des mains des mères avec du savon après avoir nettoyé un enfant sortant des toilettes
Kirghistan 18%Kirghistan 0%
Burkina Faso 1%Burkina Faso 13%
Lucknow 46%Lucknow 21%
Royaume-Uni 30-75%Royaume-Uni 47%

Source: London School of Hygiene and Tropical Medicine (non publié)

Au milieu du XXe siècle, environ 50 millions de personnes en Afrique et en Asie étaient infectées par la dracunculose. En 1999, ce chiffre avait été réduit pour atteindre 90 000 selon les estimations. La dracunculose a été éliminée en Asie et elle n'est plus maintenant présente que dans 13 pays d'Afrique. Grâce à des mesures comprenant la fourniture d'eau de boisson saine dans les zones rurales et isolées de ces pays, la campagne visant à éradiquer cette terrible maladie s'approche toujours plus de son but.

Protocole sur l'eau et la santé

Tous les pays dans la Région européenne de l'OMS n'ont pas satisfait aux objectifs des Nations Unies concernant l'eau saine. Plus de 120 millions de personnes n'ont pas d'eau de boisson saine. Les maladies liées à l'eau, telles que le choléra, la fièvre typhoïde et l'hépatite A font leur réapparition. En réaction, 36 pays ont signé un Protocole unique sur l'eau et la santé s'engageant à mettre en place:

  • des approvisionnements suffisants en eau de boisson saine
  • un assainissement adéquat, afin de protéger la santé humaine et l'environnement
  • une protection efficace des ressources en eau
  • une protection suffisante contre les maladies liées à l'eau
  • des systèmes de surveillance et des capacités de réaction efficaces.

5. Remédier à la situation…c'est possible

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